Les auto-entrepreneurs vont-ils disparaître ?

Les récentes actualités qui touchent les auto-entrepreneurs laissent à penser que ce type d’entreprise tel que nous le connaissons est amené à disparaitre.

Sylvia Pinel, ministre déléguée à l’Artisanat, au Commerce et au Tourisme du gouvernement de Jean-Marc Ayrault depuis mai 2012, considère que le statut d’auto-entrepreneur est une concurrence déloyale face aux autres types d’entreprises et souhaite procéder à des « ajustements », sans autre précision.

De son côté, Alain Griset, Président de l’Assemblée Permanente des Chambres de Métiers et de l’Artisanat, clairement opposé au statut d’auto-entrepreneur depuis sa création en 2009, profite de l’occasion pour proposer d’exclure tous les métiers de l’artisanat de ce régime, revoir ses impositions fiscales et sociales et enfin limiter l’activité à une durée d’un an.

Devenir auto-entrepreneur est en effet relativement simple et peu couteux en comparaison avec les autres types d’entreprise. La gestion est également facilitée puisqu’elle ne demande qu’une comptabilité simplifiée (un simple livre des recettes / dépense) qui ne nécessite ni comptable, ni bilan. D’autre part, imposés forfaitairement, les auto-entrepreneurs ne paient de taxes que s’ils déclarent un chiffre d’affaires, alors que pour toutes les autres formes d’entreprises il existe un plancher de cotisations sociales qui restent dues même en cas de chiffre d’affaires nul.

Il existait en 2011, plus de 750 000 auto-entrepreneurs, mais seulement 334 000 (chiffre de base des valeurs suivantes) ont déclarés un chiffre d’affaires, dont la moyenne était approximativement 9 000 €. Seuls 8 % d’entre eux on déclarés plus de 20 000 € de chiffre d’affaires et une proportion plus faible encore a connu un succès tel qu’il a nécessité un changement de type d’entreprise (par exemple transformation en EURL ou SARL).

L’analyse de ces quelques chiffres tant à démontrer que s’il est facile de devenir entrepreneur, il est plus difficile de le rester et presque impossible de se développer suffisamment pour créer une entreprise pérenne.

Cela tient probablement au fait que, d’une part, de très nombreux auto-entrepreneurs exercent à temps partiel, en complément d’une activité salariée, d’un congé maternité ou d’une période de chômage et que, d’autre part, la facilité de création est également le reflet d’un manque de compétences de la part des créateurs.

Que les auto-entrepreneurs ou futurs auto-entrepreneurs qui me lisent ne se fâchent pas, il ne s’agit nullement d’une moquerie, mais d’une simple constatation. On se rend compte que de très nombreuses personnes ont le désir de ne plus être prisonnières d’une entreprise en tant que salarié et souhaitent acquérir leur liberté, mais…

  • Elles ne savent pas quel projet d’entreprise lancer
  • Quand elles le savent, elles ne savent pas par où commencer
  • Elles ne savent pas faire une étude de marché ni un business plan
  • Elles se lancent dans un projet qui leur fait plaisir et non pas un projet qui répond clairement à un besoin
  • Elles n’ont pas forcément de compétences dans le métier dans lequel elles souhaitent se lancer
  • Elles n’ont pas forcément de compétences en communication, marketing et gestion

Or on sait qu’un chef d’entreprise, quelle que soit la taille de l’entreprise doit nécessairement être une personne polyvalente. Les statistiques prouvent que les entreprises qui survivent le mieux, le plus longtemps et progressent, sont celles qui ont été créées par des dirigeants possédants les plus hauts niveaux d’étude, selon un projet étudié qui répond à un besoin précis.

Le niveau d’étude est un critère déterminant dans la pérennité d’une entreprise, parce qu’au fur et à mesure d’un cursus long, la culture générale est très largement améliorée, et ce par obligation. A la fin d’un parcours d’étude court, de nombreuses personnes cessent de faire évoluer leurs connaissances parce qu’elles n’y sont plus forcées pour obtenir un diplôme ou un emploi, alors que les personnes avec un parcours plus long ont acquis une certaine habitude de la culture et continuent d’évoluer. Bien entendu, il ne s’agit pas là d’une généralité mais d’une tendance.

Ne pas avoir de diplôme n’est donc pas un soi un frein à la création d’entreprises. Il suffit pour cela de mettre à jour ses connaissances et acquérir les compétences nécessaires, soit par une formation spécifique, soit grâce à des conseils, ses propres recherches et un accompagnement. Certaines personnes sans diplôme sont devenues d’excellents chefs d’entreprise.

L’échec du statut de l’auto-entrepreneur n’est il donc pas lié à un problème d’éducation ? Et pourquoi vouloir le supprimer alors qu’il permet à des centaines de milliers de personnes de se constituer un revenu complémentaire de manière légale ? Rendre la création d’entreprises plus difficile n’est-il pas clairement un encouragement au travail non déclaré ?

Répondez à ces questions en commentaires.
Ensemble, faisons avancer le débat.

Benoit Écrit par :

6 Comments

  1. Très bon article, en effet beaucoup d’AE ne réussissent pas à percer mais cela ne vient pas du statut cela vient de la personne, de son idée, de son execution…

    Cependant, je suis contre la suppression de ce statut ou la limitation a 1 an comme ils en parlent en ce moment car ce statut permet à plein de gens d’avoir une activité complémentaire sans avoir toutes les tracasseries comptables d’une société classique.

    D’autre part tout ceux qui se plaignent de concurrence déloyale à cause du fait que les AE soient en franchise de TVA et avec une imposition différente devraient pensée en globalité.

    Un AE est imposé sur du CA encaissé, pas de charges à déduire ce que les entrepreneurs qui crient « au scandale » font tous les jours dans le cadre de leur entreprise pour diminuer leur base taxable…

    • Benoit
      14 juin 2012

      Merci beaucoup 🙂

      J’ai l’impression que beaucoup de personnes sont de notre avis, AE ou pas, y compris de nombreux artisans qui ne voient pas dans les AE une concurrence déloyale, mais une façon de sous-traiter par exemple ou tout simplement de démarrer.

      Comme je crois l’avoir démontré, les AE ne sont pas bien dangereux pour les autres entreprises et en plus, ça permet à des certaines personnes de créer leur propre emploi. En grosse période de chômage, pourquoi s’en priver ?

      A mon avis (mais je n’ai peut être pas tous les éléments en main), encore une fois, les politiques sont loin des réalités.

  2. 25 septembre 2012

    Les contribuables ayant opté pour le versement libératoire de l’impôt sur le revenu sont exonérés de la taxe professionnelle pour une période de deux ans à compter de l’année qui suit celle de la création de leur entreprise, ce qui correspond de fait à trois ans sans payer de TP. La taxe professionnelle va être remplacée par la « contribution économique territoriale » en 2010, une cotisation sur la valeur ajoutée et une contribution foncière. Les auto-entrepreneurs seront totalement dispensés de la contribution sur la valeur ajoutée, et exemptés de la contribution foncière des entreprises l’année de la création de leur activité ainsi que les deux années suivantes.

  3. 2 octobre 2012

    Concurrence déloyale, exonération de la TVA des autoentrepreneurs ? Concrètement, un autoentrepreneur ne peut pas déduire la TVA à la différence des autres entreprises. Il paye donc plus cher et c’est donc lui qui subit une concurrence déloyale. Exemple : Achat hors-taxe 100. TVA à l’achat 7 % TVA à la vente 7 % L’artisan achète à 100 HT et peut vendre à 107 TTC et son bénéfice étant de 0, il ne paiera pas de taxes ni de charges sur cette vente. L’autoentrepreneur achète 107 et pour faire un bénéfice de 0, étant imposé sur le chiffre d’affaires et non sur le bénéfice, il devra vendre au moins à 139.51 pour faire un bénéfice de 0.

  4. GAGNERET
    19 octobre 2013

    SUPPRIMEZ LE REGIME AUTO ENTREPRENEUR …….IL Y A DES GENS HONNETES QUI ONT PRIS A LA RETRAITE CE STATUT POUR GAGNER UN PEU PLUS HONNETEMENT ,SANS TRAVAILLER AU NOIR L HONNETETE N’EST PAS RECOMPENSEE MON MARI ARRETE EN DECEMBRE ET IL A L AGE DE SE REPOSER

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